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Donation entre époux vs partenaires pacsés : 10 000€ de différence ?

Mariés ou pacsés, bénéficiez-vous des mêmes avantages fiscaux pour vos donations ? La réponse va vous surprendre.

Par ImpotsCouple

"Mon notaire m'a dit que je pouvais donner 80 000 € à mon conjoint sans payer d'impôts. Mais nous sommes pacsés, pas mariés. Est-ce que ça change quelque chose ?" Cette question, beaucoup de couples se la posent. Et la réponse risque de vous étonner.

La grande égalité fiscale entre mariage et PACS

Commençons par une excellente nouvelle : depuis 2011, les partenaires pacsés bénéficient exactement des mêmes avantages fiscaux que les couples mariés en matière de donation. Absolument aucune différence. Pas même un euro d'écart.

Cette égalité n'a pas toujours existé. Pendant longtemps, le PACS était considéré comme un mariage au rabais sur le plan fiscal. Les partenaires pacsés devaient payer des droits de donation prohibitifs, au même titre que des étrangers. Une injustice qui a pris fin avec la réforme de 2011.

Aujourd'hui, que vous soyez mariés ou pacsés, vous pouvez donner à votre partenaire jusqu'à 80 724 € tous les 15 ans sans payer un centime d'impôts. C'est ce qu'on appelle l'abattement fiscal. Au-delà de ce montant, un barème progressif s'applique, mais il reste très doux comparé à d'autres situations.

L'abattement de 80 724 € : comment ça marche ?

Concrètement, cet abattement signifie que vous pouvez transférer gratuitement une somme d'argent, un bien immobilier, des actions, ou n'importe quel actif valorisé jusqu'à 80 724 € à votre conjoint ou partenaire de PACS sans que le fisc ne vous demande quoi que ce soit.

Les règles essentielles :

  • Cet abattement se reconstitue tous les 15 ans
  • Il s'applique par donateur, pas par couple
  • On peut l'utiliser en une seule fois ou en plusieurs donations étalées dans le temps
  • Le compteur des 15 ans démarre à la date de la première donation déclarée

Un exemple simple :
Marie donne 50 000 € à son mari Paul en janvier 2026. Elle ne paie aucun droit de donation. Son abattement restant est de 30 724 €. Elle pourra encore donner cette somme sans impôts avant janvier 2041. À partir de février 2041, elle retrouvera un abattement complet de 80 724 €.

La beauté du système, c'est qu'il est réciproque. Paul peut lui aussi donner 80 724 € à Marie sans impôts. Un couple peut donc transférer jusqu'à 161 448 € tous les 15 ans entre conjoints sans fiscalité.

Que se passe-t-il au-delà de l'abattement ?

Vous souhaitez donner plus de 80 724 € ? C'est possible, mais le surplus sera taxé selon un barème progressif. Ce barème reste toutefois très favorable comparé aux donations entre autres personnes.

Le barème applicable aux donations entre époux et partenaires pacsés :

  • Jusqu'à 8 072 € (après abattement) : 5%
  • De 8 073 € à 15 932 € : 10%
  • De 15 933 € à 31 865 € : 15%
  • De 31 866 € à 552 324 € : 20%
  • De 552 325 € à 902 838 € : 30%
  • De 902 839 € à 1 805 677 € : 40%
  • Au-delà de 1 805 677 € : 45%

Un calcul concret :
Vous donnez 100 000 € à votre conjoint en 2026. Vous n'aviez jamais fait de donation auparavant.

  • Les premiers 80 724 € passent sans impôts (abattement)
  • Sur les 19 276 € restants, vous payez :
    • 5% sur 8 072 € = 404 €
    • 10% sur 11 204 € = 1 120 €
  • Total des droits de donation : 1 524 €

Comparons avec une donation entre concubins non pacsés : ils paieraient 60 000 € de droits sur 100 000 € donnés. L'écart est vertigineux.

Le piège méconnu du PACS récent

Attention, il existe une clause de sauvegarde souvent ignorée qui peut coûter cher. Si votre PACS prend fin dans l'année de sa conclusion ou l'année suivante pour un motif autre que le mariage entre les partenaires ou le décès, vous perdez rétroactivement le bénéfice de l'abattement.

Exemple problématique :
Thomas et Julie se pacsent en mars 2025. En mai 2025, Thomas donne 75 000 € à Julie. En septembre 2025, ils rompent leur PACS pour cause de mésentente. Le fisc peut remettre en cause l'abattement et réclamer les droits de donation comme s'ils étaient des étrangers, soit 45 000 € d'impôts.

Cette règle vise à empêcher les PACS de convenance uniquement pour bénéficier des avantages fiscaux. Mais elle peut prendre de court les couples de bonne foi qui se séparent rapidement.

La sécurité : attendre deux ans
Pour être totalement tranquille, attendez que deux années civiles complètes se soient écoulées depuis votre PACS avant de faire une grosse donation. Ou assurez-vous que si vous rompez, c'est pour vous marier ensemble.

Les donations au fil du temps : une stratégie patrimoniale

L'abattement de 80 724 € tous les 15 ans n'est pas juste un cadeau fiscal ponctuel. C'est un outil de stratégie patrimoniale sur le long terme.

Optimiser la transmission sur plusieurs décennies :
Un couple de 40 ans qui utilise pleinement ses abattements réciproques peut transférer sans impôts :

  • À 40 ans : 161 448 €
  • À 55 ans : 161 448 €
  • À 70 ans : 161 448 €
  • Total : 484 344 € transmis sans aucun impôt

Cette mécanique permet de rééquilibrer progressivement les patrimoines au sein du couple, de protéger le conjoint le plus vulnérable, ou de préparer la succession.

Un usage courant : protéger le conjoint survivant
Monsieur possède un patrimoine de 800 000 €, Madame 200 000 €. Si Monsieur décède en premier, Madame hérite, mais une partie importante peut revenir aux enfants selon le régime matrimonial. En donnant 80 724 € tous les 15 ans à Madame de son vivant, Monsieur rééquilibre et protège mieux sa conjointe.

La donation entre époux : un autre mécanisme

Attention à ne pas confondre la donation classique avec la donation entre époux, aussi appelée donation au dernier vivant. Ce sont deux dispositifs totalement différents.

La donation au dernier vivant :
C'est un acte notarié qui ne produit effet qu'au décès. Elle permet d'augmenter la part d'héritage du conjoint survivant. Elle ne génère aucun transfert de patrimoine de votre vivant et n'est pas soumise aux mêmes règles fiscales.

Différence capitale :
La donation au dernier vivant est RÉSERVÉE AUX COUPLES MARIÉS. Les partenaires pacsés ne peuvent pas y avoir accès. C'est une des rares différences majeures qui subsistent entre mariage et PACS en matière patrimoniale.

Pour compenser, les partenaires pacsés doivent impérativement rédiger un testament s'ils veulent se transmettre des biens au décès. Sans testament, le partenaire pacsé n'hérite de rien.

Concubins : l'enfer fiscal

Faisons un détour par la situation des concubins pour mieux mesurer la chance des couples mariés ou pacsés.

Un concubin qui donne 100 000 € à son partenaire :

  • Aucun abattement
  • Taxation à 60% sur l'intégralité
  • Droits à payer : 60 000 €

Le même don entre époux ou partenaires pacsés coûte 1 524 € comme on l'a vu plus haut. L'écart est de 58 476 €. Presque dix fois l'abattement PACS annoncé dans le titre.

Cette taxation confiscatoire explique pourquoi les donations entre concubins sont rarissimes. Personne ne donne quand 60% part au fisc. Le concubinage offre liberté et souplesse, mais au prix d'une absence totale de protection fiscale.

Les stratégies patrimoniales avec les donations

Les couples avisés utilisent intelligemment ces donations pour optimiser leur situation patrimoniale.

Stratégie 1 : Le rééquilibrage patrimonial
Dans un couple où l'un gagne beaucoup plus que l'autre, donner permet de rééquilibrer. Si Madame gagne 100 000 € par an et Monsieur 30 000 €, Madame peut donner régulièrement à Monsieur pour qu'il se constitue son propre patrimoine. Cela évite le déséquilibre qui peut naître d'une séparation de biens.

Stratégie 2 : La donation-partage préalable
Avant de donner à vos enfants, donnez d'abord à votre conjoint. Ainsi, chaque parent peut ensuite donner aux enfants avec son propre abattement (100 000 € par parent et par enfant). Un couple peut transmettre 400 000 € à deux enfants sans impôts au lieu de 200 000 € si un seul parent donne.

Stratégie 3 : La donation croisée pour l'IFI
Si vous êtes soumis à l'Impôt sur la Fortune Immobilière, donner des biens à votre conjoint peut permettre de mieux répartir le patrimoine et d'optimiser certaines exonérations. Stratégie complexe qui nécessite un conseil patrimonial poussé.

Stratégie 4 : Anticiper la succession
En donnant de votre vivant à votre conjoint, vous diminuez votre patrimoine successoral. À votre décès, il y aura moins à partager avec les héritiers. Cela peut être utile dans les familles recomposées où vous voulez privilégier votre conjoint actuel.

Les pièges à éviter

Ces donations, bien qu'avantageuses, peuvent se retourner contre vous si vous ne respectez pas certaines règles.

Piège 1 : Oublier de déclarer
Même si vous ne payez pas d'impôts grâce à l'abattement, vous devez quand même déclarer la donation au fisc dans le mois qui suit (formulaire 2735). Sans déclaration, pas d'abattement, et vous risquez une amende.

Piège 2 : Confondre don et présent d'usage
Les petits cadeaux entre époux (un bijou pour un anniversaire, un voyage) sont des présents d'usage qui ne sont pas taxés et n'entament pas l'abattement. Mais la frontière est floue. Un cadeau de 500 € passe sans problème. Un cadeau de 50 000 € sera requalifié en donation taxable.

Piège 3 : Donner sans acte notarié pour les biens importants
Pour un don de somme d'argent modeste, un simple virement avec déclaration suffit. Mais pour un bien immobilier ou une grosse somme, passez devant notaire. L'acte notarié sécurise la donation et évite les contestations futures.

Piège 4 : Ne pas anticiper le divorce
Une donation est irrévocable. Vous ne pouvez pas demander le retour de ce que vous avez donné, même si vous divorcez. Réfléchissez bien avant de donner la nue-propriété de tous vos biens à votre conjoint : en cas de séparation, vous ne pourrez pas faire marche arrière.

L'égalité PACS-mariage n'est pas totale

Malgré l'égalité fiscale en matière de donation, quelques différences subsistent entre PACS et mariage.

Ce qui reste différent :

  • La donation au dernier vivant (réservée au mariage)
  • La réversion automatique de certaines pensions (plus favorable au mariage)
  • Certains droits en matière d'adoption
  • Le régime de la communauté universelle (impossible en PACS)

Mais pour les donations de votre vivant, c'est strictement identique.
L'abattement, le barème, les délais, tout est pareil. Le fisc ne fait aucune distinction.

Cette égalité fiscale contribue grandement au succès du PACS en France. Beaucoup de couples choisissent ce statut précisément parce qu'il offre une protection patrimoniale solide sans l'engagement solennel du mariage.

La fiscalité successorale : le prolongement logique

Au décès, le conjoint ou partenaire survivant bénéficie d'une exonération totale de droits de succession. Là aussi, égalité parfaite entre mariage et PACS (à condition d'avoir fait un testament pour le PACS).

Cette exonération est sans plafond. Que vous héritez de 100 000 € ou de 10 millions, vous ne payez rien au fisc. C'est un avantage colossal comparé aux autres héritiers.

Les enfants, par comparaison :
Chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € sur sa part d'héritage. Au-delà, il paie des droits de succession selon un barème progressif qui peut monter jusqu'à 45%.

Vous voyez la différence : entre conjoints, exonération totale. Entre parents et enfants, abattement limité et taxation au-delà.

Mariage ou PACS : le choix n'est pas fiscal

Alors, faut-il choisir le mariage ou le PACS pour optimiser sa fiscalité ? La réponse est claire : ce n'est pas la fiscalité qui doit guider votre choix.

En matière de donations et de succession, les deux statuts offrent les mêmes avantages. Les vraies différences se jouent ailleurs :

  • Le symbolique et l'engagement
  • La protection en cas de décès sans testament (automatique au mariage, nécessite un testament au PACS)
  • Les régimes matrimoniaux disponibles
  • La complexité de la rupture
  • Les droits sociaux et administratifs

Choisissez le statut qui correspond à votre vision du couple, pas à votre feuille d'impôts.

Les évolutions législatives à suivre

La fiscalité des donations évolue régulièrement. Les montants des abattements sont revalorisés (rarement), les barèmes peuvent changer, de nouvelles niches apparaissent ou disparaissent.

Actuellement, l'égalité PACS-mariage semble acquise et aucun projet politique majeur ne la remet en cause. Mais rien n'est jamais définitif en fiscalité.

Restez vigilant sur :

  • Les discussions parlementaires sur la fiscalité du patrimoine
  • Les réformes successorales éventuelles
  • L'évolution de l'IFI et son impact sur les donations

Un conseil : consultez régulièrement un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine pour adapter votre stratégie aux évolutions légales.

En résumé : aucune différence fiscale, mais des nuances juridiques

Pour répondre à la question du titre : non, il n'y a pas 10 000 € de différence entre mariage et PACS en matière de donations. Il n'y a AUCUNE différence fiscale.

L'abattement de 80 724 € tous les 15 ans s'applique identiquement aux deux statuts. Le barème progressif au-delà est le même. Les règles de déclaration aussi.

La seule vraie différence se situe dans la donation au dernier vivant, réservée aux couples mariés. Mais c'est un outil successoral, pas de donation classique.

Ce qu'il faut retenir :

  • 80 724 € d'abattement tous les 15 ans, pour les mariés comme les pacsés
  • Barème progressif avantageux au-delà
  • Obligation de déclarer même si on ne paie rien
  • Clause de sauvegarde si le PACS se rompt trop vite
  • Exonération totale en cas d'héritage (avec testament pour le PACS)

Le vrai privilège n'est pas d'être marié plutôt que pacsé. C'est d'être uni officiellement plutôt qu'en concubinage. Entre époux et partenaires pacsés, c'est l'égalité fiscale. Entre couples officiels et concubins, c'est le jour et la nuit.

Alors si vous hésitez encore entre mariage et PACS, ne vous posez pas la question fiscale des donations. Posez-vous les vraies questions : quel engagement voulez-vous ? Quelle protection pour votre conjoint ? Quel régime matrimonial vous convient ? La fiscalité suivra, identique dans les deux cas.

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