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Transmettre son patrimoine à son conjoint : donation, succession et assurance vie

Donation au dernier vivant, testament, assurance vie, abattements fiscaux : tout ce qu'il faut savoir pour transmettre son patrimoine à son conjoint.

Par ImpotsCouple

Personne n'aime penser à sa propre mort. C'est pourtant l'un des actes les plus bienveillants que l'on puisse poser pour son conjoint : anticiper la transmission de son patrimoine pour lui éviter des difficultés financières, juridiques ou fiscales dans un moment déjà douloureux. Ce guide présente les outils disponibles, leurs avantages, leurs limites, et la façon de les combiner intelligemment.


Ce que dit la loi : la succession légale en l'absence de testament

Si vous ne faites rien, la loi s'applique. Et la loi française organise la succession selon un ordre de priorité précis.

En présence d'enfants communs

Le conjoint survivant a le choix entre :

  • La totalité de la succession en usufruit : il peut utiliser tous les biens (habiter le logement, percevoir les loyers), mais ne peut pas les vendre sans l'accord des enfants nu-propriétaires.
  • Un quart de la succession en pleine propriété : il devient pleinement propriétaire d'un quart, les trois quarts restants allant aux enfants.

Ce choix est irrévocable. Il doit être exercé dans les trois mois suivant le décès.

En l'absence d'enfants

Si le défunt n'a pas d'enfants, le conjoint hérite de la totalité de la succession — sauf si les parents du défunt sont encore vivants, auquel cas ils conservent un droit de retour sur les biens qu'ils avaient eux-mêmes transmis.

Ce que la loi ne peut pas faire

La loi garantit une part minimale aux enfants (la réserve héréditaire) que aucun testament ne peut supprimer. En revanche, la quotité disponible — la portion de patrimoine que vous pouvez librement transmettre — peut être orientée vers votre conjoint via plusieurs outils.


La donation au dernier vivant : le premier réflexe à avoir

La donation au dernier vivant (aussi appelée donation entre époux) est un acte notarié qui permet d'augmenter la part du conjoint survivant au-delà de ce que prévoit la loi. Elle est réservée aux couples mariés.

Ce qu'elle permet

Avec une donation au dernier vivant, le conjoint survivant a le choix entre trois options au décès :

  1. La totalité de la succession en usufruit (déjà prévue par la loi).
  2. Un quart en pleine propriété + trois quarts en usufruit (amélioration par rapport à la loi).
  3. La quotité disponible en pleine propriété — c'est-à-dire la part maximale que la loi autorise à transmettre librement, après réserve des enfants.

En présence d'un enfant, la quotité disponible est de 1/2. Avec deux enfants, 1/3. Avec trois enfants ou plus, 1/4.

Ce qu'elle coûte

Entre 150 et 300 € chez un notaire. C'est l'un des actes juridiques les moins chers par rapport à la protection qu'il offre. La donation au dernier vivant peut être révoquée unilatéralement à tout moment (contrairement aux donations classiques).

Ses limites

Elle ne s'applique qu'aux biens présents dans le patrimoine au moment du décès. Elle ne couvre pas les biens transmis hors succession (comme l'assurance vie). Et elle ne résout pas la question du logement commun si ce bien est en indivision avec d'autres héritiers.


Le testament : organiser librement ce que la loi ne prévoit pas

Le testament permet de préciser vos volontés au-delà des règles légales, dans les limites de la réserve héréditaire. Il est indispensable pour les couples pacsés (qui n'héritent de rien sans lui) et utile pour les couples mariés souhaitant aller au-delà de la donation au dernier vivant.

Testament olographe vs testament authentique

Testament olographe : entièrement rédigé, daté et signé à la main. Aucun frais. Mais risque de perte, de contestation sur la forme, ou d'être ignoré s'il n'est pas déposé chez un notaire ou enregistré au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV).

Testament authentique : rédigé par un notaire, signé devant deux témoins. Plus sécurisé, enregistré automatiquement au FCDDV, quasi inattaquable sur la forme. Coût : environ 150 à 250 €.

Ce que vous pouvez stipuler

  • Léguer la quotité disponible à votre conjoint, partenaire pacsé, ou toute autre personne.
  • Prévoir des legs particuliers (un objet, un compte bancaire, une propriété spécifique).
  • Nommer un exécuteur testamentaire.
  • Exprimer vos volontés sur les funérailles.

L'assurance vie : l'outil de transmission hors succession

L'assurance vie est souvent présentée comme un produit d'épargne. Elle est avant tout, dans sa dimension patrimoniale, un outil de transmission extrêmement puissant — justement parce qu'elle sort de la succession.

Comment ça fonctionne

Les capitaux transmis via un contrat d'assurance vie ne font pas partie de la succession. Ils sont versés directement au bénéficiaire désigné, hors droits de succession, selon une fiscalité propre et très favorable.

La fiscalité selon l'âge des versements

Versements effectués avant 70 ans :

  • Abattement de 152 500 € par bénéficiaire.
  • Au-delà : prélèvement forfaitaire de 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %.
  • Un couple peut se désigner mutuellement bénéficiaire et transmettre jusqu'à 305 000 € sans aucune fiscalité.

Versements effectués après 70 ans :

  • Abattement global de 30 500 € (tous bénéficiaires confondus), puis droits de succession classiques sur le surplus.
  • Les intérêts générés restent exonérés, quel que soit le montant.

La clause bénéficiaire : ne pas la négliger

La clause bénéficiaire est la clé de voûte du contrat d'assurance vie. Une clause mal rédigée, ou jamais mise à jour depuis la souscription du contrat, peut avoir des conséquences désastreuses :

  • Un ex-conjoint peut encore figurer comme bénéficiaire si vous n'avez jamais modifié la clause.
  • Une clause "mes héritiers" renvoie aux règles légales de succession et annule l'avantage de l'assurance vie hors succession.
  • Une clause "mon conjoint" peut poser problème en cas de remariage.

La rédaction idéale nomme précisément le bénéficiaire avec ses coordonnées complètes, et prévoit un bénéficiaire de second rang en cas de prédécès.


La donation classique de son vivant : anticiper la transmission

Transmettre une partie de son patrimoine de son vivant permet de purger les droits de succession futurs tout en faisant profiter ses proches maintenant.

Les abattements disponibles

Bénéficiaire Abattement tous les 15 ans
Conjoint marié 80 724 €
Partenaire pacsé 80 724 €
Enfant 100 000 €
Petit-enfant 31 865 €

Un couple marié peut donc se faire des donations mutuelles jusqu'à 80 724 € tous les 15 ans en totale franchise de droits.

La donation-partage

Lorsque plusieurs enfants sont concernés, la donation-partage permet de transmettre et de partager le patrimoine de son vivant, en fixant définitivement les valeurs retenues pour chaque bien. Elle évite les conflits ultérieurs entre héritiers et gèle la valorisation des biens donnés pour le calcul de la réserve héréditaire.


Combiner les outils : une stratégie en trois couches

La protection optimale du conjoint ne repose pas sur un seul outil, mais sur leur combinaison :

Couche 1 — La base légale : donation au dernier vivant pour les couples mariés, testament pour les couples pacsés. Ces actes coûtent peu et constituent le socle minimum.

Couche 2 — La transmission hors succession : alimentation régulière d'un contrat d'assurance vie au bénéfice du conjoint, avec une clause bénéficiaire bien rédigée. Idéal pour transmettre des capitaux liquides sans fiscalité.

Couche 3 — L'anticipation patrimoniale : donations régulières dans la limite des abattements, éventuellement donation-partage avec les enfants, et révision du régime matrimonial si la situation patrimoniale a évolué.


Quand consulter un notaire ?

La question n'est pas vraiment "si" mais "quand". Voici les moments qui justifient un rendez-vous :

  • À l'approche du mariage, pour choisir le régime matrimonial.
  • À la naissance du premier enfant, pour rédiger un premier testament.
  • Lors d'un achat immobilier important, pour organiser la transmission du bien.
  • Après 50 ans, pour faire un bilan patrimonial complet.
  • En cas de remariage ou de recomposition familiale, pour protéger les enfants de chaque lit sans désavantager le conjoint actuel.

Un bilan notarial complet représente quelques centaines d'euros. Rapporté au patrimoine qu'il protège et aux conflits qu'il prévient, c'est l'un des meilleurs investissements que l'on puisse faire.


Cet article est fourni à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil patrimonial personnalisé. Pour toute décision engageant votre succession, consultez un notaire.

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