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Acheter un bien immobilier en couple : les pièges à éviter

Indivision, SCI, régime matrimonial, financement inégal : tout ce qu'il faut anticiper avant de signer un acte de vente pour se protéger d'une séparation ou d'un décès.

Par ImpotsCouple

Acheter un appartement ou une maison à deux est souvent le projet le plus important qu'un couple entreprend ensemble. C'est aussi celui qui génère le plus de litiges lorsque la relation se termine — que ce soit par séparation ou par décès. Pourtant, la grande majorité des couples signent leur acte de vente sans avoir réfléchi aux scénarios difficiles. Ce guide vous aide à anticiper les bonnes questions avant de vous engager.


1. Les trois façons d'acheter à deux

Avant de choisir, il faut comprendre les options disponibles.

L'indivision (le cas le plus fréquent)

Par défaut, lorsqu'un couple achète un bien immobilier sans structure juridique particulière, il se retrouve en indivision : chacun détient une quote-part du bien (50/50, ou toute autre proportion décidée lors de l'achat).

L'indivision est simple à mettre en place, mais elle présente un inconvénient majeur : chaque indivisaire peut demander la sortie de l'indivision à tout moment. La règle "nul ne peut être contraint de rester dans l'indivision" signifie qu'en cas de désaccord entre copropriétaires, l'un peut forcer la vente du bien, même si l'autre souhaite le conserver.

La SCI (Société Civile Immobilière)

La SCI est une société constituée pour détenir un bien immobilier. Les deux partenaires deviennent associés, chacun avec des parts. L'avantage : la gestion du bien est organisée par les statuts, la transmission des parts est facilitée, et un associé ne peut pas forcer la vente aussi facilement qu'en indivision.

Les inconvénients : coût de création (500 à 1 500 € chez un notaire ou avocat), obligations administratives annuelles (assemblée générale, comptabilité), et complexité en cas de financement bancaire (certaines banques sont plus réticentes).

La SCI est particulièrement pertinente pour les couples en union libre souhaitant protéger leur partenaire, ou pour les investissements locatifs.

Via le régime matrimonial (pour les couples mariés)

Pour les couples mariés sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, tout bien acheté pendant le mariage avec des revenus communs intègre automatiquement la communauté. Il appartient aux deux époux à parts égales, peu importe la contribution réelle de chacun au financement.

Cette règle peut être à la fois un avantage (l'époux qui gagne moins est protégé) et un inconvénient (si l'un des deux apporte beaucoup plus que l'autre, il ne peut pas réclamer davantage à la séparation — sauf clause spécifique).


2. Le financement inégal : un piège classique

C'est l'une des sources de conflit les plus fréquentes. L'un des deux conjoints apporte un capital initial plus important (héritage, donation, épargne personnelle), tandis que l'autre contribue davantage au remboursement mensuel du crédit. Résultat : au moment de la séparation, personne ne sait vraiment "combien chacun a mis".

En indivision

Les quotes-parts inscrites dans l'acte de vente font foi. Si l'acte mentionne 50/50, le partage se fera à 50/50 — même si l'un a apporté 100 000 € d'apport personnel et l'autre rien. Il est donc essentiel de faire inscrire les quotes-parts réelles dans l'acte notarié si le financement est inégal.

Exemple : si A apporte 80 000 € et B apporte 20 000 € pour un bien de 200 000 €, et qu'ils remboursent le crédit de 100 000 € à parts égales, les quotes-parts pourraient être fixées à 65/35 pour refléter les contributions réelles.

En régime de communauté

Un apport réalisé avec des fonds personnels (héritage, donation) peut être déclaré personnel dans l'acte, ce qui permet de le récupérer intégralement en cas de séparation. Sans cette mention, il tombe dans la communauté.


3. Que se passe-t-il en cas de séparation ?

Couple marié

Le bien commun fait l'objet d'un partage dans le cadre du divorce. Le juge peut attribuer le bien à l'un des époux (avec soulte versée à l'autre), ou ordonner la vente. Une prestation compensatoire peut également être accordée à l'époux économiquement défavorisé.

Couple pacsé

La dissolution du PACS entraîne le partage du bien selon les règles de l'indivision. Sans accord amiable, le tribunal peut ordonner la licitation (vente forcée). Il n'y a pas de prestation compensatoire.

Couple en union libre

Même logique que pour le PACS, avec une difficulté supplémentaire : l'absence de cadre juridique commun rend les conflits plus difficiles à résoudre. Si les contributions financières n'ont pas été formalisées, prouver qu'on a payé plus que sa quote-part est souvent impossible.

Conseil : pour tout couple non marié, une convention d'indivision rédigée chez un notaire est fortement recommandée. Elle prévoit les modalités de gestion, les droits de préemption en cas de vente d'une quote-part, et les conditions de sortie.


4. Que se passe-t-il en cas de décès ?

C'est le scénario le moins anticipé, et pourtant le plus dévastateur si rien n'a été prévu.

Le concubin survivant sans testament

Si le partenaire décédé ne laisse pas de testament, son héritier légal (parents, frères et sœurs, enfants) récupère sa quote-part du bien. Le concubin survivant peut se retrouver copropriétaire... avec sa belle-famille, sans avoir le droit de rester dans les lieux.

Protéger son partenaire non marié

Plusieurs outils existent :

Le testament : le défunt peut léguer sa quote-part à son partenaire. Mais pour les concubins, la fiscalité reste punitive (60 % de droits de succession au-delà de 1 594 €).

La tontine (clause d'accroissement) : une clause insérée dans l'acte d'achat stipule que le survivant deviendra automatiquement propriétaire de la totalité du bien au décès du premier. La tontine est fiscalement avantageuse pour les couples mariés et pacsés (exonération), mais pour les concubins, elle est taxée aux droits de mutation (environ 5,8 %) — ce qui est néanmoins bien plus avantageux que les droits de succession à 60 %.

L'assurance vie : en désignant son partenaire comme bénéficiaire, on lui transmet un capital qui lui permettra de racheter les parts héritées par les autres héritiers — ou simplement de rembourser le crédit.


5. Le crédit immobilier à deux : la solidarité qui engage

Lorsqu'un couple souscrit un crédit en co-emprunt, les deux emprunteurs sont solidairement responsables de la totalité de la dette. Si l'un des deux cesse de rembourser, la banque se retournera contre l'autre pour la totalité des mensualités — indépendamment de tout arrangement amiable entre les partenaires.

Cette solidarité persiste même après une séparation, tant que le crédit n'est pas formellement restructuré. Des couples séparés depuis des années continuent parfois à porter une dette commune à leur insu.

La désolidarisation du crédit après séparation nécessite l'accord de la banque, qui exigera généralement que l'emprunteur restant prouve sa capacité à rembourser seul. Si ce n'est pas possible, la vente du bien est souvent l'issue inévitable.


6. L'assurance emprunteur : ne pas négliger la quotité

Lors de la souscription du crédit, vous choisissez la quotité d'assurance : quel pourcentage du capital emprunté est couvert pour chaque emprunteur. Le total doit être d'au minimum 100 %, mais vous pouvez aller jusqu'à 200 % (100 % sur chaque tête).

Si vous optez pour une répartition 50/50 par souci d'économie, sachez qu'en cas de décès d'un emprunteur, l'assurance ne rembourse que 50 % du capital restant dû. Le survivant doit continuer à rembourser l'autre moitié — parfois sans revenus suffisants pour le faire.

Pour un couple dont l'un des membres est le principal pourvoyeur de revenus, une couverture à 100 % sur sa tête peut faire la différence entre conserver le bien et être contraint de le vendre.


Ce qu'il faut retenir

L'achat immobilier en couple est souvent vécu comme un acte d'amour et de confiance — et il l'est. Mais c'est aussi un acte juridique dont les conséquences durent plusieurs décennies. Quelques heures passées à réfléchir aux quotes-parts, à la clause bénéficiaire de l'assurance vie, et à rédiger une convention d'indivision peuvent éviter des années de conflit ou une situation catastrophique pour le conjoint survivant.

Les questions à se poser avant de signer :

  • Les quotes-parts dans l'acte reflètent-elles nos contributions réelles ?
  • Avons-nous prévu ce qui se passe si l'un de nous décède ?
  • Le concubin survivant peut-il se maintenir dans les lieux ?
  • La quotité d'assurance emprunteur est-elle adaptée à notre situation ?
  • Faut-il envisager une SCI ou une convention d'indivision ?

Un rendez-vous chez un notaire avant l'achat coûte peu et peut éviter beaucoup.


Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou patrimonial personnalisé. Consultez un notaire pour toute situation spécifique.

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